
Il y a un siècle disparaissait à Khouma (actuellement village quartier de la commune de Richard Toll ) le walo walo Yoro Boly Dyâo qui d’après Jean Boulegue, Maître de Conférence à l’université de Paris1 « …fut le premier de ces chroniqueurs sénégalais qui ont recueilli, traduit compilé, interprété, aussi les traditions orales de leur peuple » .
Yoro Boly Dyâo est né à Khouma, une des capitales de l’ancien royaume du Waalo en 1847 et c'est dans même dans cette localité qu'il sera mort et enterré le Jeudi 03 avril 1919.
De par sa mère Boly MBODJ (Peinda Dieng), Yoro Dyâo appartenait à la famille matrilinéaire Boul celle des Sek ak Baor (Grands électeurs) et était descendant d’un des plus grands Bracks du Waalo, le Brack Ndiack Aram Bakar Mbodj (qui conquit tout le pays wolof au milieu du 18éme siècle) et du Farba Walaldé Dieng du Lao.
De par son patronyme (guénio) Dyâo, il appartenait d’après Thierno Siré Abas Sow (auteur des célèbres chroniques du Fouta sénégalais,) à la plus vieille famille de chef de la vallée du fleuve Sénégal, celle des Dya Ogo, qui y ont introduit la métallurgie du fer et la culture des mil sorgho.
D’après Yoro Boly Dyâo,lui même ‘’ les Dyaôgo sont les plus anciens chefs dont le souvenir se soit conservé, tant au Fouta qu'en pays ouolof. Ils auraient été Peuls et blancs et le clan qui se nomme ou Dyâo au Sénégal, leur devrait son origine. Les chefs Dyaôgo auraient eu pour titre Galo, mot qui, en poulàr, signifie actuellement « riche »; ils auraient apporté avec eux l'industrie du fer et la culture du gros mil. »
Son père le Tagne Fara Peinda Madyao Khor Dyâo appelé aussi, Fara Peinda Aram Guéye Dyâo, appartenait à la plus ancienne des trois lignées matrilinéaires qui permettaient d’accéder au trône du Waalo, celle des Loggar et il était descendant du grand Damel Teigne Lat Soukabé Ngoné Diéye Fall . Il fut nommé apres la défaite des troupes de la Linguére Ndatté Yalla devant Nder ,le 25 Février 1855, chef supérieur du Waalo par le gouverneur Faidherbe qui annexa le Waalo comme possession française.
Faidherbe relate son alliance avec Fara Peinda dans cet extrait de son ouvrage ‘annales sénégalaises’
‘…..C'est pendant cette expédition que le gouverneur, voulant chercher à reconstituer le malheureux Oualo, offrit à Yoro Altiné Diao, homme de bonne famille, qui s'était déclaré pour nous et nous avait servi de guide, de l’en nommer chef. Yoro Altiné Diao déclina ce rôle pour lui-même, et proposa à sa place son frère Fara-Penda, réfugié dans le Cayor, et qui, du temps de M. Kernel , Gouverneur du Sénégal , en 1833, avait déjà combattu dans nos rangs avec beaucoup de dévouement. Fara-Penda accepta, et, à partir de ce moment, il nous rendit les plus grands services en ralliant petit à petit les gens du Oualo et rétablissant les villages, tout en soutenant une lutte acharnée contre les Maures…….. »
Le chef Fara Peinda en gage de fidélité à la France, envoya son fils Yoro Boly Dyâo à Saint-Louis fréquenté l'Ecole des Otages de 1856 et 1860, qui fit partie de la deuxième promotion. Cette école fondée par Faidherbe en 1855 avait pour fonction d’accueillir les fils de rois sénégalais, « des fils de chef » , de les prendre en otage et de leur dispenser une éducation devant faire d’eux des auxiliaires dociles de la colonisation française.
Il sortit de cette école à la fin de l'année scolaire 1859-1860. Le 14 juillet 1860, lors de la deuxième distribution des prix, ce fut Yoro Boly Dyâo qui, comme étant « l'élève le plus fort de l'école des otages qui , répondit au discours du Gouverneur Faidherbe par une allocution de remerciement en ces termes :
Monsieur le Gouverneur,
Je viens, au nom de mes camarades, au nom de nos parents, dont je suis certain d'être en cette circonstance le fidèle interprète, voua remercier de tout le bien que vous nous avez fait depuis que vous avez été placé a la tête de cette colonie.
Grâce aux sages et utiles leçons que vous nous avez fait donner, dans votre bienveillante sollicitude, nous sommes à même d'apprécier aujourd'hui les grandes choses que vous avez accomplies au Sénégal, dans l’intérêt de nos compatriotes. Chacun de nous se promet de s'inspirer de votre exemple et de vos conseils pour travailler de son mieux, lorsqu'il sera rentré dans son pays, a la continuation de l'œuvre que vous avez entreprise. $
Nous emporterons de Saint-Louis des idées de justice, d'ordre et de travail, que nous emploierons tous nos efforts à faire prévaloir chez les populations au milieu desquelles nous sommes appelés à vivre, n'importe dans quelle position . Ce sera, nous en sommes persuadées. Monsieur le Gouverneur, la meilleure manière de vous témoigner à vous et à l'Empereur, dont vous êtes le représentant, toute notre reconnaissance.
Pour moi qui vais dès demain prendre, conformément à vos ordres, le commandement du cercle que vous m'avez confié dans le Oualo, je vous promets de mettre en œuvre, par tous les moyens en mon pouvoir, tes principes qui m'ont été donnés, et j'espère être assez heureux pour témoigner de ma reconnaissance et de mon dévouement à la France, en faisant prospérer de plus en plus le pays dont vous m'avez nomme chef .
Sources « Moniteur du Sénégal et Dépendances , page 165 »
Promu chef de canton en 1860, il exerça à Khouma et à Foos. Francophile, il fut un agent zélé de l’administration coloniale et participa activement à la répression de la résistance armée du Prince du Waalo Sidya Ndatté Yalla Diop en 1876.
Après une carrière très mouvementée, faite de révocations, suivies de nominations de Yoro Dyâo finit par obtenir de la France une pension de retraite de mille deux cents francs (1.200) en 1914 ce qui fut considérable à l’époque.
Patriarche, il eut 33 enfants dont 3 garçons seulement ; Il donna en mariage la plus part de ses filles à des princes sénégalais. Beau père du Bourba Alboury Ndiaye, du Laamtooro Baaba Ly Sall ,du Ganket Amadou Makhourédia Diop, des Princes Samba Yomba Mbodj, Diombo Souna Mbodj, Bouna Alboury Ndiaye , Sydy Ngagnesiry Ndiaye, on trouve actuellement beaucoup de ses descendants dans les grandes familles maraboutiques de Touba et de Tivaouane .
Au delà de son parcours politique de collaborateur fidèle et convaincu du système colonial, Yoro Boly Dyâo mérite surtout d’être considéré comme une grande figure historique sénégalaise des lettres, de par sa contribution inestimable à la connaissance de l’histoire du peuple sénégalais. Pour l’Université Cheikh Anta Diop, il demeure la source principale de la tradition écrite historique du peuple wolof.
Des sa sortie de l'Ecole des Otages, Yoro Dyâo fut chargé par l’administration coloniale de rédiger une monographie sur l’histoire des peuples de la Sénégambie. Allié et apparenté de la plus part des cours royales de l’époque, Yoro Dyâo était bien placé pour recueillir des familles princières et des grands griots de cour de par la tradition orale, l’histoire des royaumes sénégalais.
Dés 1860 il rédigea un certain nombre de cahiers relatant l’histoire des migrations et des coutumes de l'ancien empire du Djoloff qui, au temps de sa plus grande extension, comprenait six pays le Djoloff proprement dit, le Oualo, le Cayor, le Baol, le Sine et le Saloum.
Cet empire Djoloff, fondé, d'après la tradition, par N'Dyadyane N'Dyâye, probablement au XII siècle après J.-C, subsista jusque vers le milieu du XVI siècle, époque à laquelle s'en détachèrent à la fois le Oualo,le Cayor et le Baol qui devinrent des royaumes indépendants
En 1864 Il publia l’histoire de Damels du Cayor dans le journal le Moniteur du Sénégal .Ces cahiers seront commentés et publiés en 1912 par Henri Gaden, dans « légendes et coutumes sénégalaises ».
Un professeur français du Lycée Faidherbe de Saint-Louis Raymond Rousseau publiera et commentera une autre partie des cahiers en 1922 dans « Le Sénégal d’autrefois .Etude sur le Oualo ».
Ces écrits de Yoro Dyâo un cahier (8 pages manuscrites) sur l'histoire du Oualo ,quatre cahiers (au total 52 pages de texte manuscrit) portant sur les castes et les institutions dans les six pays de l'ancien empire Djoloff.. constituent une part importante du patrimoine historique et culturel du peuple wolof et du Sénégal.
Mais l’une des contributions les plus importantes de Yoro Dyâo et qui restent méconnues du grand public reste la thèse de Yoro Dyâo sur l'origine égyptienne (kemetienne) des populations sénégambiennes Il déclarait «... vu que l'opinion générale en toute la Sénégambie est que notre contrée doit son peuplement à des migrations de l'Egypte, desquelles descendent toutes ses populations. »
Ces populations seraient parties de d’Egypte (Kemet) par six grandes migrations successives( les Jaa-Oogo ; les Manna ;les Tondions ;les Laam Tourmiss ;les Laam-Termes; les Touri-Sing ou Laam-Toro) que les détails linguistiques/onomastiques fournis par Yoro Boly Dyâo permettent d’attester de manière relativement satisfaisante
Yoro Boly Dyâo donna même les noms des Pharaons (qu’il appelle Fari en wolof) sous le règne desquels chacune de ces migrations auraient eu lieu.
Or, une telle connaissance précise d’éléments de la longue histoire politique des Pharaons ne pouvait être fortuite ; surtout de la part de quelqu’un qui n’avait pas accès à l’érudition occidentale sur ces questions.
Or, Yoro Boly Dyâo a rédigé ses « cahiers » près d’un demi-siècle avant les premières publications de Cheikh Anta Diop, et était déjà décédé longtemps avant 1954. Il n’a donc pas pu avoir été influencé par ce dernier.
Qui ne connaît pas simultanément la langue/culture kemetique et celle de Yoro Boly Dyâo le wolof ne pouvait exploiter efficacement son précieux matériau.
Ce quime fonde à classer Yoro Boly Dyâo parmi ces authentiques précurseurs de l’Afrocentricité, à l’instar du Dogon Ogotemmêli, dépositaires traditionnels d’un savoir africain souvent millénaire dont la profondeur est insondable.
Dans une contribution « les migrations entre le Nil et le Sénégal : les jalons de Yoro Dyâo » paru dans les annales de la faculté des lettres et sciences humaines en 1991 Aboubacry Moussa LAM Maître de conférences, Département d’Histoire
Faculté des Lettres & Sciences Humaines de Dakar indiquait que « Dès le début du siècle un sénégalais, du nom de Yoro Dyâo, avait donné sur la question des relations entre l'Egypte ancienne et l'Afrique Noire un éclairage capital, malheureusement resté jusqu'ici inconnu des principaux protagonistes. »
«... c'est cette migration qui aurait apporté avec elle dans le pays l'industrie métallurgique.
Les forgerons donnent au fer obtenu dans leurs fourneaux le nom de hogo14. Si l'on remarque que ce mot fait partie de « Dyahogo », on ne peut manquer de voir là un argument en faveur de la véracité de la tradition. Les gens de cette migration étaient armés de sagaies, sabres, poignards et couteaux en fer ; ceux des grandes familles avaient des armures complètes de ce métal. C’est également cette migration qui aurait inauguré la culture du gros mil dans les terrains d'inondation du Fleuve Sénégal.
On dit que le roi d'Egypte sous lequel eut lieu cette migration se nommait Paté Lamine. Ces deux noms réunis ou pris isolément sont d'un emploi fréquent chez les Sossé (Mandingues), les Malinké, les Peuls, les Khassonké, les Sarakhollé ; ils sont d'un emploi moins fréquent en pays ouolof ».
Ainsi un demi-siècle avant les premières publications de Cheikh Anta Diop, sur l’Egypte pharaonique, Yoro Dyâo avait montré les liens organiques entre les peuples sénégambiens et de l’Egypte antique en donnant des noms de Pharaons comme Paté Lamine ou Sooso Touré
Etant un des premiers hommes de lettres sénégalais d’écriture française, Yoro Boly Dyâo un siècle après sa disparition mérite d’être mieux connu des nouvelles générations sénégalaises.
En attendant l’organisation d’un symposium sur Yoro Boly Dyâo afin que l’homme et son œuvre soient mieux connus des africains et des sénégalais, les pouvoirs publics sénégalais devraient lui rendre un hommage en lui donnant des noms d’amphithéâtre d’université, de lycée et d’avenue à Dakar et à Saint -Louis sa capitale régionale .
Le Dya Ogo Amadou Bakhaw DIAW
Historien traditionaliste du Walo
Yoro Boly Dyâo est né à Khouma, une des capitales de l’ancien royaume du Waalo en 1847 et c'est dans même dans cette localité qu'il sera mort et enterré le Jeudi 03 avril 1919.
De par sa mère Boly MBODJ (Peinda Dieng), Yoro Dyâo appartenait à la famille matrilinéaire Boul celle des Sek ak Baor (Grands électeurs) et était descendant d’un des plus grands Bracks du Waalo, le Brack Ndiack Aram Bakar Mbodj (qui conquit tout le pays wolof au milieu du 18éme siècle) et du Farba Walaldé Dieng du Lao.
De par son patronyme (guénio) Dyâo, il appartenait d’après Thierno Siré Abas Sow (auteur des célèbres chroniques du Fouta sénégalais,) à la plus vieille famille de chef de la vallée du fleuve Sénégal, celle des Dya Ogo, qui y ont introduit la métallurgie du fer et la culture des mil sorgho.
D’après Yoro Boly Dyâo,lui même ‘’ les Dyaôgo sont les plus anciens chefs dont le souvenir se soit conservé, tant au Fouta qu'en pays ouolof. Ils auraient été Peuls et blancs et le clan qui se nomme ou Dyâo au Sénégal, leur devrait son origine. Les chefs Dyaôgo auraient eu pour titre Galo, mot qui, en poulàr, signifie actuellement « riche »; ils auraient apporté avec eux l'industrie du fer et la culture du gros mil. »
Son père le Tagne Fara Peinda Madyao Khor Dyâo appelé aussi, Fara Peinda Aram Guéye Dyâo, appartenait à la plus ancienne des trois lignées matrilinéaires qui permettaient d’accéder au trône du Waalo, celle des Loggar et il était descendant du grand Damel Teigne Lat Soukabé Ngoné Diéye Fall . Il fut nommé apres la défaite des troupes de la Linguére Ndatté Yalla devant Nder ,le 25 Février 1855, chef supérieur du Waalo par le gouverneur Faidherbe qui annexa le Waalo comme possession française.
Faidherbe relate son alliance avec Fara Peinda dans cet extrait de son ouvrage ‘annales sénégalaises’
‘…..C'est pendant cette expédition que le gouverneur, voulant chercher à reconstituer le malheureux Oualo, offrit à Yoro Altiné Diao, homme de bonne famille, qui s'était déclaré pour nous et nous avait servi de guide, de l’en nommer chef. Yoro Altiné Diao déclina ce rôle pour lui-même, et proposa à sa place son frère Fara-Penda, réfugié dans le Cayor, et qui, du temps de M. Kernel , Gouverneur du Sénégal , en 1833, avait déjà combattu dans nos rangs avec beaucoup de dévouement. Fara-Penda accepta, et, à partir de ce moment, il nous rendit les plus grands services en ralliant petit à petit les gens du Oualo et rétablissant les villages, tout en soutenant une lutte acharnée contre les Maures…….. »
Le chef Fara Peinda en gage de fidélité à la France, envoya son fils Yoro Boly Dyâo à Saint-Louis fréquenté l'Ecole des Otages de 1856 et 1860, qui fit partie de la deuxième promotion. Cette école fondée par Faidherbe en 1855 avait pour fonction d’accueillir les fils de rois sénégalais, « des fils de chef » , de les prendre en otage et de leur dispenser une éducation devant faire d’eux des auxiliaires dociles de la colonisation française.
Il sortit de cette école à la fin de l'année scolaire 1859-1860. Le 14 juillet 1860, lors de la deuxième distribution des prix, ce fut Yoro Boly Dyâo qui, comme étant « l'élève le plus fort de l'école des otages qui , répondit au discours du Gouverneur Faidherbe par une allocution de remerciement en ces termes :
Monsieur le Gouverneur,
Je viens, au nom de mes camarades, au nom de nos parents, dont je suis certain d'être en cette circonstance le fidèle interprète, voua remercier de tout le bien que vous nous avez fait depuis que vous avez été placé a la tête de cette colonie.
Grâce aux sages et utiles leçons que vous nous avez fait donner, dans votre bienveillante sollicitude, nous sommes à même d'apprécier aujourd'hui les grandes choses que vous avez accomplies au Sénégal, dans l’intérêt de nos compatriotes. Chacun de nous se promet de s'inspirer de votre exemple et de vos conseils pour travailler de son mieux, lorsqu'il sera rentré dans son pays, a la continuation de l'œuvre que vous avez entreprise. $
Nous emporterons de Saint-Louis des idées de justice, d'ordre et de travail, que nous emploierons tous nos efforts à faire prévaloir chez les populations au milieu desquelles nous sommes appelés à vivre, n'importe dans quelle position . Ce sera, nous en sommes persuadées. Monsieur le Gouverneur, la meilleure manière de vous témoigner à vous et à l'Empereur, dont vous êtes le représentant, toute notre reconnaissance.
Pour moi qui vais dès demain prendre, conformément à vos ordres, le commandement du cercle que vous m'avez confié dans le Oualo, je vous promets de mettre en œuvre, par tous les moyens en mon pouvoir, tes principes qui m'ont été donnés, et j'espère être assez heureux pour témoigner de ma reconnaissance et de mon dévouement à la France, en faisant prospérer de plus en plus le pays dont vous m'avez nomme chef .
Sources « Moniteur du Sénégal et Dépendances , page 165 »
Promu chef de canton en 1860, il exerça à Khouma et à Foos. Francophile, il fut un agent zélé de l’administration coloniale et participa activement à la répression de la résistance armée du Prince du Waalo Sidya Ndatté Yalla Diop en 1876.
Après une carrière très mouvementée, faite de révocations, suivies de nominations de Yoro Dyâo finit par obtenir de la France une pension de retraite de mille deux cents francs (1.200) en 1914 ce qui fut considérable à l’époque.
Patriarche, il eut 33 enfants dont 3 garçons seulement ; Il donna en mariage la plus part de ses filles à des princes sénégalais. Beau père du Bourba Alboury Ndiaye, du Laamtooro Baaba Ly Sall ,du Ganket Amadou Makhourédia Diop, des Princes Samba Yomba Mbodj, Diombo Souna Mbodj, Bouna Alboury Ndiaye , Sydy Ngagnesiry Ndiaye, on trouve actuellement beaucoup de ses descendants dans les grandes familles maraboutiques de Touba et de Tivaouane .
Au delà de son parcours politique de collaborateur fidèle et convaincu du système colonial, Yoro Boly Dyâo mérite surtout d’être considéré comme une grande figure historique sénégalaise des lettres, de par sa contribution inestimable à la connaissance de l’histoire du peuple sénégalais. Pour l’Université Cheikh Anta Diop, il demeure la source principale de la tradition écrite historique du peuple wolof.
Des sa sortie de l'Ecole des Otages, Yoro Dyâo fut chargé par l’administration coloniale de rédiger une monographie sur l’histoire des peuples de la Sénégambie. Allié et apparenté de la plus part des cours royales de l’époque, Yoro Dyâo était bien placé pour recueillir des familles princières et des grands griots de cour de par la tradition orale, l’histoire des royaumes sénégalais.
Dés 1860 il rédigea un certain nombre de cahiers relatant l’histoire des migrations et des coutumes de l'ancien empire du Djoloff qui, au temps de sa plus grande extension, comprenait six pays le Djoloff proprement dit, le Oualo, le Cayor, le Baol, le Sine et le Saloum.
Cet empire Djoloff, fondé, d'après la tradition, par N'Dyadyane N'Dyâye, probablement au XII siècle après J.-C, subsista jusque vers le milieu du XVI siècle, époque à laquelle s'en détachèrent à la fois le Oualo,le Cayor et le Baol qui devinrent des royaumes indépendants
En 1864 Il publia l’histoire de Damels du Cayor dans le journal le Moniteur du Sénégal .Ces cahiers seront commentés et publiés en 1912 par Henri Gaden, dans « légendes et coutumes sénégalaises ».
Un professeur français du Lycée Faidherbe de Saint-Louis Raymond Rousseau publiera et commentera une autre partie des cahiers en 1922 dans « Le Sénégal d’autrefois .Etude sur le Oualo ».
Ces écrits de Yoro Dyâo un cahier (8 pages manuscrites) sur l'histoire du Oualo ,quatre cahiers (au total 52 pages de texte manuscrit) portant sur les castes et les institutions dans les six pays de l'ancien empire Djoloff.. constituent une part importante du patrimoine historique et culturel du peuple wolof et du Sénégal.
Mais l’une des contributions les plus importantes de Yoro Dyâo et qui restent méconnues du grand public reste la thèse de Yoro Dyâo sur l'origine égyptienne (kemetienne) des populations sénégambiennes Il déclarait «... vu que l'opinion générale en toute la Sénégambie est que notre contrée doit son peuplement à des migrations de l'Egypte, desquelles descendent toutes ses populations. »
Ces populations seraient parties de d’Egypte (Kemet) par six grandes migrations successives( les Jaa-Oogo ; les Manna ;les Tondions ;les Laam Tourmiss ;les Laam-Termes; les Touri-Sing ou Laam-Toro) que les détails linguistiques/onomastiques fournis par Yoro Boly Dyâo permettent d’attester de manière relativement satisfaisante
Yoro Boly Dyâo donna même les noms des Pharaons (qu’il appelle Fari en wolof) sous le règne desquels chacune de ces migrations auraient eu lieu.
Or, une telle connaissance précise d’éléments de la longue histoire politique des Pharaons ne pouvait être fortuite ; surtout de la part de quelqu’un qui n’avait pas accès à l’érudition occidentale sur ces questions.
Or, Yoro Boly Dyâo a rédigé ses « cahiers » près d’un demi-siècle avant les premières publications de Cheikh Anta Diop, et était déjà décédé longtemps avant 1954. Il n’a donc pas pu avoir été influencé par ce dernier.
Qui ne connaît pas simultanément la langue/culture kemetique et celle de Yoro Boly Dyâo le wolof ne pouvait exploiter efficacement son précieux matériau.
Ce quime fonde à classer Yoro Boly Dyâo parmi ces authentiques précurseurs de l’Afrocentricité, à l’instar du Dogon Ogotemmêli, dépositaires traditionnels d’un savoir africain souvent millénaire dont la profondeur est insondable.
Dans une contribution « les migrations entre le Nil et le Sénégal : les jalons de Yoro Dyâo » paru dans les annales de la faculté des lettres et sciences humaines en 1991 Aboubacry Moussa LAM Maître de conférences, Département d’Histoire
Faculté des Lettres & Sciences Humaines de Dakar indiquait que « Dès le début du siècle un sénégalais, du nom de Yoro Dyâo, avait donné sur la question des relations entre l'Egypte ancienne et l'Afrique Noire un éclairage capital, malheureusement resté jusqu'ici inconnu des principaux protagonistes. »
«... c'est cette migration qui aurait apporté avec elle dans le pays l'industrie métallurgique.
Les forgerons donnent au fer obtenu dans leurs fourneaux le nom de hogo14. Si l'on remarque que ce mot fait partie de « Dyahogo », on ne peut manquer de voir là un argument en faveur de la véracité de la tradition. Les gens de cette migration étaient armés de sagaies, sabres, poignards et couteaux en fer ; ceux des grandes familles avaient des armures complètes de ce métal. C’est également cette migration qui aurait inauguré la culture du gros mil dans les terrains d'inondation du Fleuve Sénégal.
On dit que le roi d'Egypte sous lequel eut lieu cette migration se nommait Paté Lamine. Ces deux noms réunis ou pris isolément sont d'un emploi fréquent chez les Sossé (Mandingues), les Malinké, les Peuls, les Khassonké, les Sarakhollé ; ils sont d'un emploi moins fréquent en pays ouolof ».
Ainsi un demi-siècle avant les premières publications de Cheikh Anta Diop, sur l’Egypte pharaonique, Yoro Dyâo avait montré les liens organiques entre les peuples sénégambiens et de l’Egypte antique en donnant des noms de Pharaons comme Paté Lamine ou Sooso Touré
Etant un des premiers hommes de lettres sénégalais d’écriture française, Yoro Boly Dyâo un siècle après sa disparition mérite d’être mieux connu des nouvelles générations sénégalaises.
En attendant l’organisation d’un symposium sur Yoro Boly Dyâo afin que l’homme et son œuvre soient mieux connus des africains et des sénégalais, les pouvoirs publics sénégalais devraient lui rendre un hommage en lui donnant des noms d’amphithéâtre d’université, de lycée et d’avenue à Dakar et à Saint -Louis sa capitale régionale .
Le Dya Ogo Amadou Bakhaw DIAW
Historien traditionaliste du Walo